Forum national sur les perspectives climatiques : le Cameroun amorce une nouvelle dynamique pour renforcer la résilience climatique
Yaoundé a accueilli, les 07 et 08 mai 2026, le tout premier Forum national sur les perspectives climatiques, une rencontre stratégique organisée par le Ministère des Transports en collaboration avec l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Pendant deux jours, experts, administrations publiques, partenaires techniques, chercheurs, collectivités territoriales, organisations de la société civile et médias ont échangé autour des enjeux liés aux changements climatiques, à l’utilisation des services climatiques et au renforcement de la résilience des secteurs socio-économiques au Cameroun.
Au-delà d’une simple rencontre technique, ce forum aura marqué une étape importante dans la volonté du Cameroun d’intégrer davantage les informations météorologiques et climatologiques dans les politiques publiques et les mécanismes de prise de décision.

Une rencontre organisée dans un contexte climatique préoccupant
Les travaux se sont déroulés dans un contexte mondial marqué par l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. Les conclusions récentes du sixième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC-AR6) confirment une accélération du réchauffement climatique mondial avec des risques accrus d’inondations, de sécheresses, de vagues de chaleur et d’événements climatiques extrêmes dans plusieurs régions du monde, y compris en Afrique centrale.
Le Cameroun n’échappe pas à cette réalité. Ces dernières années, le pays a enregistré plusieurs catastrophes d’origine hydrométéorologique, affectant les populations, les infrastructures, l’agriculture, les ressources en eau, l’énergie ainsi que les activités économiques.
C’est dans cette perspective que le Forum national sur les perspectives climatiques entend créer un cadre permanent de dialogue entre producteurs et utilisateurs des informations climatiques afin de renforcer l’anticipation des risques et la résilience des communautés.

Le Gouvernement appelle à une mobilisation collective

La cérémonie d’ouverture des travaux a été présidée par le Secrétaire Général du Ministère des Transports, Sa Majesté MVEIMANI SOMBO AMBA, qui a insisté sur l’urgence de renforcer les politiques d’adaptation face aux changements climatiques.
Dans son allocution, il a souligné la nécessité d’investir davantage dans la gestion durable des ressources naturelles, la prévention des catastrophes et le développement de systèmes efficaces d’alerte précoce afin de mieux protéger les populations et les infrastructures stratégiques.

Le représentant de l’Organisation météorologique mondiale, Monsieur Bernard GOMEZ, a quant à lui rappelé les impacts croissants des dérèglements climatiques sur les différents secteurs d’activités. Il a réaffirmé l’engagement de l’OMM à poursuivre son accompagnement technique au Cameroun dans le développement des services météorologiques et climatologiques ainsi que dans le renforcement des systèmes d’alerte précoce.
Il a également mis en avant le positionnement stratégique du Cameroun dans le dispositif climatologique régional, notamment grâce à la présence de trois centres régionaux d’excellence de l’OMM hébergés dans le pays.
ClimSA : des avancées significatives pour les services climatiques au Cameroun

Parmi les principales articulations de la première journée figure la présentation du Directeur de la Météorologie Nationale, Monsieur TCHINDA TAZO Simplice, consacrée aux activités réalisées dans le cadre du programme ClimSA au Cameroun.
Son exposé a permis de dresser un aperçu des actions menées pour améliorer les capacités techniques et opérationnelles de la Direction de la Météorologie Nationale (DMN), moderniser les outils de production des données climatiques et renforcer la diffusion des informations météorologiques et climatologiques au profit des secteurs sensibles au climat.
Les résultats déjà obtenus grâce au programme ont été présentés, notamment dans les domaines de l’assistance météorologique, de la production des prévisions, de l’accompagnement des utilisateurs et de la sensibilisation aux risques climatiques.
Le Directeur de la Météorologie Nationale a également insisté sur les attentes futures liées au renforcement des capacités techniques, à l’amélioration des infrastructures d’observation et à l’élargissement de l’accès aux services climatiques.
Des échanges scientifiques au cœur des travaux
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Les participants ont également suivi plusieurs présentations scientifiques consacrées à l’état du climat et aux impacts des changements climatiques au Cameroun. Une communication technique portant sur les mécanismes et la prévisibilité des précipitations extrêmes au Sahel a particulièrement retenu l’attention des participants. Les experts sont revenus sur les inondations dévastatrices enregistrées durant la saison Juillet-Août-Septembre (JAS) 2024 au Sahel, en analysant les facteurs atmosphériques ayant contribué à ces événements exceptionnels.
Les discussions ont permis d’évaluer les performances des modèles de prévision saisonnière et de tirer des enseignements sur les bonnes pratiques de prévision climatique adaptées au contexte sahélien.
Les projections climatiques sur le Cameroun à l’horizon 2100 ont également été présentées. Les experts ont mis en évidence une tendance à l’augmentation des températures ainsi qu’une modification progressive des régimes pluviométriques, avec des conséquences potentielles importantes sur l’agriculture, l’eau, la santé, l’énergie et les infrastructures.
Des échanges scientifiques au cœur des travaux
La deuxième journée des travaux a été consacrée aux échanges avec les principaux secteurs utilisateurs des informations climatiques.
Les représentants du MINEPIA, du MINEPDED, de la Direction de la Protection Civile, de la SODEPA, du MINEE, d’EDC, de l’IRGM/CRECC et du MINTP ont présenté les impacts de la variabilité climatique sur leurs secteurs respectifs ainsi que les stratégies d’adaptation déjà engagées.
Tous ont reconnu l’importance croissante des informations météorologiques et climatologiques produites par la DMN dans la planification des activités, la gestion des risques, la protection des ouvrages et la prise de décision.
Les participants ont également exprimé leurs attentes concernant l’amélioration des services climatiques, notamment en matière de précision des prévisions, d’accessibilité des données et de diffusion des alertes précoces. Plusieurs partenaires ont manifesté leur volonté d’apporter un soutien accru à la modernisation des services météorologiques et climatologiques au Cameroun, y compris à travers des contributions institutionnelles et financières.
Vers une meilleure coordination nationale face aux défis climatiques
Au terme des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées afin de renforcer la coordination entre producteurs et utilisateurs des informations climatiques.
Les participants ont notamment appelé à :
- renforcer les mécanismes de collaboration interinstitutionnelle ;
- améliorer le partage des données climatiques ;
- intégrer davantage les services climatiques dans les politiques sectorielles ;
- développer les systèmes d’alerte précoce ;
- renforcer les capacités techniques et humaines ;
- promouvoir des actions concertées pour améliorer la résilience des communautés.
Lors de la clôture des travaux, le représentant de l’OMM s’est félicité des avancées réalisées par la Direction de la Météorologie Nationale dans le développement des services climatologiques. Il a toutefois invité les utilisateurs sectoriels à jouer un rôle plus actif dans l’appropriation des informations climatiques afin de garantir une meilleure efficacité des politiques d’adaptation.
À travers ce premier Forum national sur les perspectives climatiques, le Cameroun pose ainsi les bases d’une coopération renforcée entre science, gouvernance et développement, dans un contexte où les défis climatiques imposent désormais une action collective, coordonnée et durable.